Serge André, "Les perversions", 3 tomes

Serge André, "Les perversions", 3 tomes

Serge André, "Les perversions", 3 tomes
Le Bord de l'eau | 2013 | ISBN: 2356872302/2356872337/2356872310 | French | EPUB | 218 pages | 0.4 MB

Monument ou trophée, le fétiche désigne à la fois la castration et le triomphe sur la castration. Non seulement il est une protection contre la menace de la castration, mais il a pour fonction d'épargner au fétichiste de devenir homosexuel, en prêtant à la femme ce caractère par lequel elle devient supportable en tant qu'objet sexuel (Freud). Le transfert du pervers ne se fait pas sur le sujet-supposé-savoir, car c'est bien lui, le pervers, qui vient à nous, psychanalystes, avec un savoir. C'est au nom de ce savoir que le pervers nous parle, comme délégué d'une loi dont il veut que nous nous reconnaissions nous-mêmes sujets. Il en résulte que le transfert pervers ne vise pas le sujet-supposé-savoir, mais plutôt le sujet-supposé-jouir.

C’est de la perversion que Freud part pour tenter de cerner ce qu’est la sexualité spécifique à l’être humain. La sexualité de l’homme, contrairement à celle de l’animal, est une sexualité essentiellement déviante par rapport à ce que serait le processus d’un instinct. Sadisme et masochisme ne font pas couple comme le pense l’opinion commune, ou comme le croit, ou l’espère, le masochiste qui, lui, rêve d’un sadique qui serait à ses ordres. Si le partenaire du masochiste est généralement un bouffon, un acteur ou un roublard, qui est donc le partenaire du sadique ? Lacan nous le désigne dans le texte de Sade : c’est l’innocent. Entre le sadique et l’analyste, la rencontre n’a pas lieu. C’est plutôt le cabinet du magistrat que le sadique fréquente. Un décryptage lisible du Kant avec Sade de Lacan.

Qu’est-ce que le masochisme pervers pour la doctrine analytique ? Serge André part de son expérience clinique avant de parcourir les élaborations successives de Freud et de Lacan. Freud situait le masochisme comme l’une des faces d’un processus à double polarité qu’il appelait le sado-masochisme. C’est la thèse des "Trois essais sur la théorie de la sexualité". Plus tard, avec "Un enfant est battu", il met en évidence la structure du fantasme masochiste. Ensuite, dans "Au-delà du principe de plaisir", il nuance l’idée selon laquelle le masochisme serait un mode de fonctionnement de la pulsion sexuelle, par l’introduction de la pulsion de mort. Enfin, il reformule la question et la reprend au niveau fondamental dans "Le problème économique du masochiste". Lacan, quant à lui, insistera sur ce que Freud n’a pas aperçu : le rôle signifiant de l’instrument de la douleur masochiste. Le fouet, c’est le signe du maître et de la loi à qui ont doit obéissance. Quant à la douleur, les mélancoliques nous en donnent la plus belle expression lorsque leur délire en arrive à concevoir qu’en tant que sujets, il leur est impossible de mourir. Le masochiste se situe d’emblée au nom de cette douleur d’exister, au nom de la déchéance corrélative de l’amour du père ou de la loi signifiante lorsqu’il n’y est pas reconnu comme sujet. La question que le masochiste met à l’épreuve de sa pratique, c’est de savoir ce qu’éprouve le corps dont on jouit à coups de signifiants, à coups de discours du maître. Ce qu’il met en scène, c’est une caricature mimétique de la jouissance que l’homme suppose à la femme. Le contrat masochiste a pour fonction de faire désirer au-delà de la jouissance aberrante qu’il propose. Au niveau de la jouissance, le masochiste est l’esclave, mais au niveau du désir, le vrai maître, c’est lui.

Biographie de l'auteur
Serge André (1948 - 2003). Psychanalyste de premier plan, il est l’auteur de Que veut une femme (Seuil), de Lacan : points de repère, de Le symptôme et la création (La Muette/LE Bord de l’eau).